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Georgia N'ha Varla - Deux millénaires d'Histoire cachés sous la surface

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ATTENTION : cette histoire contient des éléments qui peuvent être choquants, notamment des violences sexuelles. Si vous savez que ce genre de contenu peut vous mettre mal à l'aise, quelle qu'en soit la raison, vous pouvez soit la passer entièrement, soit simplement sauter les passages signalés (mis en invisible).
Et j'insiste ; ça ne vaut pas la peine de se faire du mal pour un rp, et il n'y a aucune honte (loin de là) à ne pas vouloir s'exposer à ce genre de contenu.

Journal de Georgia


Innocence




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Ce monde est rempli d'histoires. Celles d'un nombre incalculable de personnes, d'événements et de hasards qui l'ont façonné en ce qu'il est actuellement, et qui continueront de le faire changer jour après jour. Il y a des histoires qui sont des faits aux yeux de tous, celles des grands noms de l'Humanité, de César à Martin Luther King, des grandes guerres à l'abolition de l'esclavage, les histoires vécues et racontées par des humains pour des humains. Il y a des histoires qui sont des rumeurs devenues une réalité reconnue par les Hommes, comme les viols de guerre ou les lycanthropes et les vampires récemment mis en lumière. Il y a des histoires encore qui restent au stade de rumeurs, de légendes auxquelles on ne croit pas vraiment bien qu'on les connaisse par cœur à force de les entendre répétées ; c'est le cas de mes « filles », de mon espèce toute entière. Et enfin, il y a des histoires qui n'atteignent même pas le rang de légendes, des histoires intégralement connues uniquement de leur personnage principal, et vouées à rester ainsi. Cette histoire que j'écris à l'encre invisible sur des pages condamnées à être consumées une fois remplies en fait partie.
Pourquoi écrire ce qui est voué à ne jamais être lu ? C'est une étrange idée, assurément. Le temps s'accumulant sans fin a du finir par me fatiguer un peu, et peut-être ai-je besoin de me décharger ici de son poids. Quel âge ai-je maintenant ? Ça fait bien longtemps que j'ai arrêté de compter. Ma vie ne se compte plus en siècles, mais bien en millénaires. Une éternité dont la plus grande partie a été passée seule, au milieu de l'immensité des flots. Je vais tout écrire, depuis le début jusqu'à maintenant, ça m'évitera de trop me perdre dans les différents souvenirs. Voyons...

Je suis née à une date inconnue – ou du moins que je ne saurais pas retrouver sur le calendrier presque universellement utilisé aujourd'hui – sur une île de l'Océan Pacifique, proche de ce qu'on appelle maintenant les Kiribati. Une île aux allures étranges, vaste cercle de terre et de végétation rempli par l'océan qui se déverse en elle.
Spoiler:
Sur cette île, un peuple, ou plutôt une petite tribu d'une trentaine d'individus, occupait le segment le plus large ; « ma » tribu à l'époque. Je ne sais pas depuis combien de temps avant moi le groupe occupait ce cercle de terre, il y avait des traditions que les plus vieux disaient être en place « depuis toujours », mais la perception du temps est très biaisée chez les humains, je m'en suis rendue compte au fil des Âges que j'ai traversés. Tout ce que je sais c'est qu'après mon départ il n'y avait plus rien, ni île ni habitants...
Parmi les traditions sempiternelles, il y a deux qui ont réellement influencé ma vie. La première, c'est que les membres de la famille dominante était vénérés comme des divinités sur Terre, et à raison ; ils n'étaient pas humains, et tout le monde le savait. Qu'est-ce qu'ils étaient exactement, je n'en ai aucune idée, les habitants ne leur donnaient pas de nom autre que « les Grands ». Plus forts que de simples humains, ils avaient aussi une vie bien plus longue, comme si le temps n'osait pas s'en prendre à eux. On disait qu'ils avaient eu des dizaines d'enfants, mais de mon vivant je n'en ai connu que deux : mon frère et moi. Tous les autres étaient déjà morts, de vieillesse ou par blessure, avant ma naissance. Et entre mon frère et moi s'étaient écoulée une trentaine d'années environs, bien qu'il ne semblait pas en avoir plus de vingt. Oui, nos parents, si « Grands » qu'ils fussent, avaient une tare. Leurs enfants ne naissaient pas forcément aussi surhumains qu'eux, leurs gênes étaient inactifs chez la plupart d'entre eux. Ceux qui ne l'exprimaient pas d'ici leurs treize ans étaient déchus de leur titre, et rejoignaient le reste de la tribu, sans plus être considérés comme la descendance des chefs. Les plus faibles étaient même sacrifiés et consommés par les Grands dans un rituel voué à réintégrer l'énergie qu'ils avaient « volée » en naissant. Et les plus forts étaient souvent inconscients, enivrés par leur puissance, au point d'en oublier qu'ils n'étaient pas immortels. Ce n'était pas le cas de mon frère cependant, il avait sans doute appris des erreurs des autres, ce qui lui avait permis de survivre jusque là.
Quant à moi, je n'ai du ma survie qu'à un concours de circonstances. Je suis née faible, du moins en comparaison avec mes géniteurs. J'ai marché tard, je ne pouvais pas rivaliser en force avec les autres enfants de mon âge, même ma peau plus pâle que celle des autres, presque de la couleur de l'écume qui se mêle au sable blond, semblait crier mon infériorité physique. Inutile d'attendre mon treizième anniversaire pour savoir que je n'avais pas les mêmes gênes que mes parents. La tradition familiale cependant les empêchait de me mettre à mort avant, du moins de manière explicite. Mon père a bien essayé de me faire mourir « accidentellement » plusieurs fois, toujours en m'emmenant en mer et en me jetant à l'eau, soi-disant pour que j'apprenne à nager et que je devienne plus forte. Mais j'ai toujours survécu, j'avais beau ne pas avoir encore mes attributs actuels, l'eau n'a jamais été un milieu dangereux pour moi. Un soir, je l'ai entendu parler à part avec ma mère, avant le repas. Il m'emmènerait en barque à l'autre bout de l'île, le lendemain, et m'y attacherait à un arbre pour m'y laisser mourir. Ma mère et lui n'auraient alors plus qu'à prétendre que j'étais jamais revenue d'une promenade que j'avais faite, et à aller récupérer mon corps quelques jours plus tard pour me dévorer. J'avais sept ans. Et nulle part où me sauver. Il y avait bien des îles aux alentours, mais la plus proche (la seule que j'aurais pu rejoindre à la nage sans m'épuiser à l'époque) était peuplée par une tribu avec laquelle la mienne était en conflit, j'y aurais immédiatement été capturée et mise à mort, c'était certain. J'ai donc attendu la mort, résignée. Je n'ai pas dormi de la nuit ce soir-là, je me souviens. J'ai pleuré un peu, regretté ma naissance beaucoup. Avant le lever du soleil, j'étais dans la barque de mon père, et une heure plus tard je le perdais de vue, liée à un arbre tandis que lui reprenait la mer pour rentrer. Je ne sais pas vraiment combien de temps je suis restée prise au piège en plein soleil. Je sais que j'avais faim, et que la chaleur me faisait tourner la tête. J'étais certaine que la mort se rapprochait de moi. Je la voyais, d'ailleurs, à travers ma vision brouillée, elle avait une silhouette imposante, étrangement masculine. J'entendais le bruit vaguement familiers de ses pas sur le sol sablonneux. Et finalement, dans ce que je pensais être un ultime effort avant le néant, j'ai levé la tête et me suis concentrée pour la regarder dans les yeux. Sauf qu'à la place de la Faucheuse, c'était mon frère qui se tenait devant moi. Je me souviendrai toujours de ses mots juste avant que je ne perde connaissance. « Mère est morte. Père va bientôt me céder la place. Sois heureuse, à mes côtés tu vas vivre. » Ce n'est que bien plus tard que j'ai compris qu'il n'avait pas sauvé sa sœur, mais sa future femme.



/ HRP: attention, ce chapitre, ainsi que les autres portant ce même commentaire, ne peuvent être connus d'aucun personnage, Georgia n'ayant jamais raconté cette partie de sa vie à qui que ce soit. Merci d'en tenir compte! ^^ /

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(version modifiée par mes soins maladroits)
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Journal de Georgia


Horreur




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A mon réveil, j'étais de nouveau dans notre « maison ». Mon frère m'a expliqué la situation dans sa version officielle, telle que le reste de la tribu la connaissait. Et moi, jour après jour, j'ai relevé des indices qui m'ont permi de pleinement comprendre ce qu'il s'était passé. Mon frère avait confronté notre père à plusieurs reprises au sujet de sa position, et avait fini par comprendre que celui-ci ne comptait pas lui céder le pouvoir. Mon aîné ne serait jamais plus qu'une divinité sans autre droit que celui de vivre baigné dans l'admiration de son peuple. Un droit qui ne lui suffisait de toute évidence pas. Il a donc décidé de prendre le pouvoir par la force, ou plutôt devrai-je dire par la ruse, puisqu'il n'y a pour ainsi dire pas eu d'affrontement physique entre notre père et lui. Après le départ de notre père pour m'abandonner à la mort, il a rassemblé quelques poissons venimeux bien connus dans nos eaux, et en a répandu le poison discrètement sur les aliments destinés à notre mère. Il a exploité le fait que pour une question de hierarchie, tout le monde ne recevait pas le même repas ; notre père recevait les aliments les plus rares, les plus précieux, et en de grandes quantités, notre mère une portion un peu moins conséquente, et avec des aliments différents, censés renforcer sa fertilité, et nous, les descendants, recevions des aliments communs, les mêmes que le reste des habitants de l'île, la seule différence étant que nous n'avions pas à les chercher nous-mêmes. Le poison a agi dans l'heure qui a suivi le repas, et notre mère est morte après des convulsions violentes laissant imaginer que son cœur l'avait lâchée. Notre père n'a pas pensé à un empoisonnement, mais il a craint que son fils ne profite du chaos général pour le renverser, en raliant le peuple derrière lui. Il a alors fait exactement ce que mon frère avait prévu : dévoré le corps de sa femme dans l'espoir d'en absorber la puissance, et ainsi d'être sûr de surpasser son futur adversaire. Ce même corps encore plein de poison. Ainsi a-t-il lui-même couru au devant de sa perte. Je ne sais pas si mon frère prévoyait qu'il en mourrait ou non, mais il a survécu à ce repas envenimé, la force tirée de la chair de notre mère ayant juste assez atténué la toxicité du poison pour le laisser vivant mais faible, autant que ceux de ses enfants qu'il avait dévoré par le passé. Dans un tel état, il n'avait pas d'autre choix que de se soumettre à son propre fils, pour ne pas mourir de sa main. Il a proclamé publiquement que mon frère était désormais le « Grand », et s'est retiré de toute implication sur l'île. Après cet événement, j'ai vécu quatre années sereines, persuadée que mon frère veillait sur moi, que tout danger avait été écarté. J'étais d'une naïveté terrible, mais je suppose que ce n'est pas aberrant venant d'une enfant.
C'est à mes onze ans qu'une deuxième tradition est venue bouleverser ma vie. Je n'oublierai jamais ce jour. Avant le lever du jour, un veilleur est venu frapper à notre porte, et nous a annoncé que lui et deux autres hommes avaient capturé des ennemis, trois hommes et une femme, venus semblait-il de l'île la plus proche en éclaireurs, ou encore pour voler des vivres, il ne savait pas vraiment. Mon frère a ordonné qu'on prépare le rituel d'exécution. Ce n'était pas ma première exécution, notre île et celle d'à côté étant en conflit permanent, mais c'était la première fois qu'une femme faisait partie des prisonnier. Je n'en ai pas pensé grand chose sur le coup, il était déjà arrivé que des combattants ennemis soient capturés. On les liaient alors à un arbre, afin de leur ouvrir la poitrine et d'en extraire le cœur encore chaud, pour l'offrir aux Grands avant de cuisiner les corps. Seuls les Grands avaient le droit d'en bénéficier, toujours dans cette idée d'absorber l'énergie vitale des défunts. Mon frère et moi n'avions donc jamais eu le droit d'y goûter. Après avoir ordonné la préparation du rituel, il s'est tourné vers moi et m'a dit de me préparer pour le repas, qu'il partagerait la chair des ennemis avec moi afin que je puisse moi aussi accéder au statut de « Grande ». J'étais ravie, goûter à la chair humaine ne m'avait jamais rebutée, ça me semblait tellement normal déjà à l'époque. Quand je suis arrivée en robe de cérémonie à la table rituelle, j'ai remarqué qu'il n'y avait que trois hommes d'attachés. Mon frère m'a simplement répondu que la femme n'étant pas une guerrière, elle ne serait pas utilisée pour le repas, mais qu'elle serait mise à profit autrement. Je n'ai pas eu le temps de plus le questionner, déjà le responsable de l'extraction des cœurs arrivait avec le couteau sacrificiel. Au milieu des cris des deux autres, le cœur du premier homme a été apporté à mon frère qui l'a dévoré avec un air de triomphe. Le deuxième a connu le même sort, mais lorsqu'on lui a apporté le dernier, comme il me l'avait annoncé, il a ordonné qu'il me soit servi à moi. J'étais aussi fière que reconnaissante, ces deux émotions devaient se lire parfaitement sur mon visage, parce qu'il avait l'air satisfait en me voyant manger. Puis il s'est levé, et a annoncé que désormais, j'étais Grande moi aussi, et qu'ainsi j'étais devenue sur l'île la seule femme digne du Grand qu'il était. Lorsque je serais en âge, je deviendrai la mère de ses enfants, et ainsi une nouvelle génération viendrait renforcer l'île. Je suis restée stupéfaite. Le peuple acclamait la nouvelle, et moi je ne savais pas pourquoi je n'arrivais pas à m'en réjouir. Je n'ai même pas pensé que c'était contre nature, ce n'était pas une question en ce temps-là, en tout cas pas sur notre île. J'étais juste assommée par la surprise. Si c'en était resté là, que la journée s'était terminée là-dessus, que je n'avais pas assisté à la scène qui allait suivre, peut-être aurai-je fini par me laisser emporter par l'allégresse collective. Cette possibilité me fait frémir rien que d'y penser.
Mais voilà, il y avait la femme. Et, tandis que les cuisiniers mettaient les corps à cuire, un des veilleurs a quitté la table pour tirant derrière lui la prisonnière, corde au cou. Elle était nue, mais ce qui m'a le plus frappé à ce moment-là c'est la manière dont ses bras pendaient le long de son corps. On les lui avait brisé, ça ne faisait aucun doute. Je supposais que c'était pour l'empêcher de s'enfuir, mais ça n'avait pas été le cas pour les trois hommes, ni aucun de ceux capturés auparavant. Après quelques secondes j'ai remarqué que toutes les femmes de notre communauté étaient devenues silencieuses, tandis que les hommes criaient, tantôt de rire, tantôt pour insulter l'inconnue, on encore pour encourager mon frère à quelque chose que je ne comprenais pas bien. Il s'est levé, est allé tenir la corde de la prisonnière, et a annoncé à l'assemblée, du même ton fier et enjoué qu'il avait pris pour annoncer notre future union : « Que celle qui a donné des fils à l'ennemi paie pour ceux qu'ils nous ont pris. En récompense pour leur capture, les veilleurs seront les premiers à savourer son corps ! » Aussi naïve que j'étais, j'ai compris tout de suite qu'elle ne serait pas « savourée » de la même manière que ses congénères.
Spoiler:
Mon estomac s'était noué, j'avais envie de vomir. La victime aussi de toute évidence, et elle contrairement à moi ne put pas se retenir. Un très mince filet de sang coulait le long d'une de ses jambes. Les rires des hommes redoublèrent. A ma droite, j'entendis deux femmes chuchoter brièvement. « Elle n'a encore jamais donné la vie... » murmura la première. « Elle n'en est pas moins une ennemie... » rétorqua la seconde, mais le malaise était perceptible dans sa voix si basse. Bientôt, ce fut au tour du troisième veilleur de se servir, et quand il eut fini et jeté lui aussi une mèche dans le feu, le maître de cérémonie vint reprendre la corde des mains de mon frère, qui commença à retirer le bas de sa tenue. Il ordonna qu'on retire la corde. La femme tenait à peine sur ses jambes. C'est là que j'ai compris pourquoi ses bras étaient brisés. Pour qu'elle ne puisse pas se défendre contre ses bourreaux. Mon frère fut le plus cruel envers elle.
passage particulièrement dur à lire:
Lorsqu'il en eut terminé avec elle, la prisonnière n'avait même plus la force de pleurer. On aurait pu la croire morte, si des spasmes ne l'avaient pas agitées de temps à autres. Il fit signe de l'emporter ailleurs, et revint s'asseoir à mes côtés comme s'il venait de faire la plus naturelle des choses. « Elle a l'air assez solide, elle tiendra peut-être plus longtemps que la précédente. » Si on n'avait pas immédiatement après apporté nos parts du repas, il aurait peut-être remarqué le choc lisible sur mon visage. Mais il n'en fut rien. La journée se termina dans l'enthousiasme pour lui. Quant à moi, le souvenir de cette femme continue de me hanter, plus de deux millénaires après cette horrible cérémonie.
Je n'ai plus vu mon peuple de la même manière après ce jour. Les hommes de la tribu me semblaient tous des menaces potentielles. Mais plus encore que la peur, c'est le dégoût qui grandissait en moi. En particulier pour mon frère et futur mari. Quand mes yeux se posaient sur lui, je l'imaginais sans cesse couvert du sang de sa victime, jouissant littéralement de ses cris d'horreur.
Spoiler:
Pendant un an, elle a survécu malgré ce qu'elle subissait quotidiennement. Et finalement, quand son ventre a commencé à s'arrondir, elle est morte d'épuisement. Son crâne était nu depuis des mois déjà. C'est mon frère qui l'a « achevée ». Il est revenu à la maison, et m'a annoncé sa mort comme si de rien n'était. Puis son regard s'est attardé sur mon corps à peine adolescent, et j'ai vu l'envie, cette même envie prédatrice qu'il avait eu envers la défunte pendant la cérémonie. « Encore un an ou deux... mais bien sûr, si tu te sens prête avant, n'hésite surtout pas... » J'entends encore ses mots, et je me revois figée, je crois même que mon cœur a raté quelques battements. La peur, la haine, le dégoût, tout ça se mélangeait en moi, et me criait que je devais fuir pour survivre, tout en me chuchotant de faire payer aux hommes de notre île. Je voulais qu'ils disparaissent tous. Et j'ai été exaucée moins d'un an plus tard.



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Tempête




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Les semaines précédant mes treize ans ont été marquée par des vents plus violents qu'à l'accoutumée. Notre île avait bien sûr déjà essuyé des tempêtes, certaines avaient même grandement réduit notre population, mais jamais elles n'avaient duré plus de cinq jours. Cette fois-là, les vents avaient commencé à se faire entendre un mois avant mon anniversaire, et semblaient gagner en puissance chaque semaine. Le peuple tremblait, voyant dans ce climat inhabituel le signe d'un grand bouleversement. Même mon frère, pourtant imperturbable au début, se mit à montrer des signes d'anxiété après plus de deux semaines. Il décréta que désormais, les corps des malheureux tués par la tempête lui seraient remis. Le peuple croyait qu'il voulait prendre en main leur sépulture, mais en réalité il les dévorait, cherchant à accroître sa puissance d'autant que la nature gonflait celle de ses vents salés. « Si cette tempête doit être la fin de notre peuple », avait-il dit un soir tandis qu'il se nourrissait sur le corps d'un jeune enfant assommé par une branche, « elle ne sera pas ma fin à moi. » Puis il m'avait regardée, s'était arrêté de manger, visiblement en pleine réflexion, et m'avait finalement tendu le cœur de l'enfant en se corrigeant. « Ce ne sera pas notre fin à nous. Tu survivras avec moi, après tout, tu es ma femme, et j'aurai besoin de toi à l'avenir... » A partir de ce jour-là, et toute la semaine qui a suivi, chaque jour il me donnait à manger les cœurs des éventuels défunts. A chaque organe que j'avalais, j'avais l'impression de sentir mon corps se refroidir, mais ce n'était pas désagréable, au contraire. Je me sentais plus forte, plus agile, plus vive. Et surtout, je me sentais irrémédiablement attirée par cette mer menaçante. Elle me semblait avoir le pouvoir de tout laver, d'effacer les horreurs que notre île avait engendrées, et je lui enviais ce pouvoir. Et finalement, deux jours avant mes treize ans, la tempête a réellement explosé, projetant des vagues imposantes de part et d'autre de notre île, engoufrant ou balayant les maisons, bon nombre d'arbres, et la quasi-totalité de notre peuple. En quelques heures il ne restait plus que mon frère, moi, trois femme et quatre hommes, tous rassemblés au centre de la partie la plus large de l'île, accrochés les uns aux autres pour ne pas se faire aspirer par le vent. Les hommes gémissaient, les femmes pleuraient. Mon frère et moi restions silencieux. Son visage était fermé, dur comme la pierre, comme retenant une colère sourde. Alors que moi, je souriais, sereine. Et il s'en est aperçu. « Comment oses-tu te réjouir ainsi ? Tu ne dois ta survie qu'à moi, fais preuve d'humilité ! Ou alors vas-y, affronte la tempête si tu es si sûre de toi ! » Il avait craqué. La peur d'une mort proche et douloureuse lui avait fait perdre son assurance, même avec les précautions prises en amont.
Et moi, j'ai saisi ma chance. Je me suis échappée à l'étreinte du groupe, et j'ai couru vers la mer, me jetant au cœur d'une vague immense. Quand j'y pense, j'aurais tout aussi bien pu attendre avec les autres. Elle a tout balayé. Mais enveloppée par l'eau, le reste du monde me paraissait soudain inexistant. J'ai fermé les yeux, écouté les bruits étouffés, senti le sable et le sel coller à ma peau, sans que ça ne soit douloureux. Pour la première fois depuis des années, j'étais vraiment bien. Je suis restée comme ça un moment, d'une durée indéterminée. Le temps n'avait plus vraiment de sens. Jusqu'à ce qu'une pensée me traverse. Je n'étais pas remontée à la surface, je n'avais pas pu reprendre mon souffle, à aucun moment. Et pourtant, je ne suffoquais pas. J'ai rouvert les yeux, légèrement inquiétée, songeant vaguement que j'étais peut-être déjà morte. Et j'ai vu. Aussi clairement que si j'étais à l'air libre. J'ai vu des branches, des nuages de sable, des crabes et des coquillages « envolés » par le courant. J'ai vu des corps plus ou moins loins, certains se débattant à la surface, d'autres inertes. Enfin, j'ai vu le mien. J'avais toujours la jupe de feuilles tressées, mais d'elle ce n'était pas deux jambes pâles qui dépassaient, mais une queue, semblable à celle d'un immense poisson bleu. J'ai pris une inspiration de surprise, mais rien n'est passé par ma bouche, et j'ai compris qu'elle était restée fermée. En revanche, de l'eau s'était écoulée dans ma gorge par les côtés de mon cou, et un effleurement de la main me suffit à sentir les fentes qui s'y étaient ouvertes. Des branchies, même si je n'avais pas ce terme à l'époque. La surprise a laissé place à une prise de conscience rapide ; je n'étais plus une simple femme, j'étais devenue quelque chose que même les Grands ne pourraient jamais rêver d'être. Un être capable de vivre sous la surface. Je n'avais pas de nom pour ce que j'étais, et ce n'est que bien plus tard que les humains en ont choisi un pour moi.

J'étais encore en train de savourer ma nouvelle condition si mystérieuse, apprenant à contrôler mes déplacements, mes sens surprenamment plus développés qu'auparavant, quand la réalité du monde extérieure s'est rappelée à moi. J'ai fait face à la surface agitée, et je l'ai vu, Lui. Il luttait contre les vagues, et s'il ne semblait pas à son aise, je savais qu'il aurait l'endurance pour survivre jusqu'à ce qu'il atteigne un autre rivage, pas encore noyé sous les flots. Il survivrait. Je n'étais pas prête à l'accepter. Si la mer avait purgé notre île des fous qui y avaient proliféré, elle devait tous les noyer, y compris – ou devrais-je dire « surtout » – lui, qui était le plus dangereux de tous. Et si elle n'était pas assez forte à elle seule pour s'en débarrasser, alors je l'aiderais. J'ai agi comme si j'avais toujours su comment faire. J'ai nagé rapidement dans sa direction, saisi une de ses jambes, et je l'ai tiré sous la surface. Il a bien tenté de se défendre, mais était-ce l'eau qui le rendait plus faible, ou mon nouveau corps qui était plus fort encore que le sien ne l'avait jamais été ? Quoi qu'il en soit, ses coups étaient sans effet sur moi. Et lorsque ses yeux, habitués enfin à l'eau salée, ont reconnu mon visage, il s'est figé, stupéfait. Je lui ai souri. Un sourire calme, presque tendre, accompagné d'une caresse sur sa joue. Je voulais qu'il se croit sauvé. Et quand j'ai vu la lueur d'espoir dans son regard, qu'il m'a retourné ma caresse, je l'ai brisé de toutes les façons possibles...
torture:
Son cœur fut la seule partie de lui que je mangeais, et je laissais le reste aux requins et autres animaux marins. Je l'avais mangé par principe, mais il me dégoûtait trop pour que j'avale quoi que ce soit d'autre de lui.
Tandis que je nageais hors de la zone rouge presque opaque, je tendis l'oreille et remarquai d'autres voix, de femmes, au loin, étouffées par les vents qui ne s'étaient pas totalement calmés. Instinctivement, je m'en approchai, désireuse de sauver des vagues qui je pourrai. Après m'être suffisamment rapprochée, je remarquai trois membres de notre peuple ; deux femmes, et un homme. Lui semblait moins en forme que les deux femmes, qui l'aidaient parfois à rester à la surface tout en se débattant pour ne pas couler elles-mêmes. Il ne bougeait pas, ou à peine, mais il n'était pas mort, l'eau me portait l'écho des battements de son cœur. J'hésitais quelques secondes, tout en notant qu'elles cherchaient à se rendre vers une des îles alentours. Elles tenaient à sauver cet homme, devrais-je le leur accorder, et les pousser tous les trois vers le rivage ? Il leur serait redevable, ça pourrait le rendre meilleur. Mais en reconnaissant l'un des sentinelles qui avaient amené la condamnée, le seul que la tempête n'ait pas encore tué, je balayai ce maigre espoir et, discrète comme une ombre, me glissai en dessous des trois rescapés et tirai d'un coup sec sur les jambes de l'ancien garde. Les femmes n'eurent pas le temps de le retenir que j'étais déjà glissée dans l'obscurité des flots, hors de vue. Lui se débattit à peine lorsque je le retournai et que j'enfonçai ma main dans sa cage thoracique pour lui arracher le cœur. L'odeur du sang me donnait faim, une faim telle que je n'en avais jamais ressenti. Mais je n'avais pas le temps de me nourrir, le sang allait attirer les prédateurs, et je devais éloigner les nageuses au plus vite pour leur éviter une rencontre malheureuse. J'ai donc fait demi tour, saisi les deux femmes par la taille, et nagé aussi rapidement que possible vers la terre ferme la plus proche. Je ne cherchais pas particulièrement à dissimuler ma nouvelle apparence, mais elles ne virent finalement que le haut de mon corps, ma queue étant dissimulée par les flots agités. L'une d'elles appela mon nom, l'autre bénit le ciel que la tempête m'ait épargnée. Si elles étaient surprises par la force dont je faisais preuve en les poussant ainsi dans l'eau, elles n'en essayèrent pas moins de m'aider. Une tentative dérisoire mais qui les rendit un peu plus chères à mon cœur d'enfant désormais pleinement orpheline. Il ne me fallut pas longtemps pour les amener à bon port, ou du moins à ce que j'espérais voir devenir pour elles un havre de paix où elles pourraient se reconstruire, et peut-être moi avec elles.
Mais j'avais sous-estimé l'immondicité des hommes.



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